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Accueillir les compliments et les critiques constructives : un art qui s'apprend

Accueillir les compliments et les critiques constructives : un art qui s'apprend

Vendredi, Juillet 31, 2026

Il y a deux situations qui nous mettent souvent aussi mal à l'aise l'une que l'autre, et c'est rarement ce qu'on croit. La première : quelqu'un nous fait un compliment sincère. Et au lieu de le recevoir, on minimise, on détourne, on trouve une explication. "C'est rien", "j'ai eu de la chance", "n'importe qui aurait fait pareil." La deuxième : quelqu'un nous fait un retour constructif sur quelque chose qu'on a fait. Et même si l'intention est bienveillante, quelque chose se ferme en nous. On se défend, on justifie, ou on encaisse sans vraiment écouter.

Dans les deux cas, on passe à côté de quelque chose de précieux. Accueillir ce que les autres nous renvoient, le positif comme le correctif, c'est l'une des compétences les plus utiles pour grandir et entretenir des relations vraies.

Pourquoi on a du mal à recevoir un compliment

C'est contre-intuitif, mais recevoir quelque chose de positif peut être aussi déstabilisant que recevoir une critique.

Selon une étude de l'Université de Waterloo publiée dans le Journal of Experimental Social Psychology, les compliments créent de l'anxiété chez les personnes avec une faible estime de soi. Ils remettent en question leur vision d'elles-mêmes et leur donnent l'impression d'être incomprises.

Autrement dit : quand on nous dit "tu es brillant·e" et qu'on se voit surtout comme "quelqu'un qui fait de son mieux", le cerveau bugue. Deux versions de soi se retrouvent face à face, et la dissonance est inconfortable.

Le chercheur Eddie Brummelman, professeur de psychologie du développement à l'Université d'Amsterdam, explique qu'un compliment est toujours un jugement de valeur, même positif, et que les gens n'apprécient pas forcément d'être évalués car cela les rend plus soucieux de ce que les autres pensent d'eux.

À cela s'ajoute une dimension culturelle : dans beaucoup de contextes, la modestie est valorisée. Accepter pleinement un compliment peut être associé, à tort, à de l'arrogance. Alors on apprend à rééquilibrer immédiatement, comme si un simple "merci" était trop simple.

Pourquoi on a du mal à recevoir une critique constructive

Du côté des critiques, le mécanisme est différent, mais tout aussi ancré.

Des études révèlent que la critique active les mêmes voies neuronales que la douleur physique. Lorsque quelqu'un critique notre travail ou notre comportement, notre amygdale, le système d'alarme du cerveau, la perçoit littéralement comme une menace pour notre survie.

C'est une réaction automatique. Le problème, c'est qu'elle nous empêche d'entendre ce qui pourrait pourtant nous être utile.

En général, on accumule tout en silence jusqu'à ce que le vase déborde, et tout finit par sortir d'un coup. Quand on accueille mal une critique, on referme la porte avant même d'avoir entendu ce qu'elle contenait.

Ce que ça dit de notre rapport à nous-mêmes

La difficulté à recevoir les compliments et celle à accueillir les critiques ont souvent la même racine : l'image qu'on a de soi.

Une personne qui possède une image relativement stable d'elle-même peut accueillir un retour positif sereinement. Lorsqu'une personne doute profondément de sa valeur, le compliment peut provoquer un vrai inconfort. Ce n'est pas de la fausse modestie : c'est une véritable difficulté à croire ce qui est dit.

La même chose se produit avec les critiques : si l'image de soi est fragile, le moindre retour correctif menace l'ensemble de l'édifice. Alors on se défend, pour protéger ce qui tient encore debout.

Travailler sa capacité à recevoir, c'est aussi travailler son rapport à soi-même.

Quelques pistes concrètes

Pour mieux recevoir un compliment

Commencer par "merci". Juste merci. C'est plus difficile qu'il n'y paraît, et c'est un vrai entraînement.

Se poser la question : "Et si c'était vrai ?" Plutôt que de rejeter automatiquement ce qu'on vient d'entendre, laisser l'information entrer. Ajuster le regard qu'on porte sur soi.

Observer sa réaction. Qu'est-ce que ce compliment a réveillé ? De la gêne, du plaisir, de la méfiance ? Ces réactions en disent souvent long sur l'image qu'on a de soi-même.

Pour mieux recevoir une critique constructive

Respirer avant de répondre. Quand l'amygdale s'emballe, on n'est pas en état d'écouter vraiment. Une courte pause permet de revenir dans un état plus réceptif.

Distinguer la personne du retour. Une critique sur ce qu'on a fait n'est pas une attaque sur ce qu'on est. C'est une distinction simple, et régulièrement oubliée dans le feu de l'action.

Poser des questions. "Qu'est-ce que tu veux dire par là ?", "Tu peux me donner un exemple ?" Ces questions permettent de comprendre vraiment ce qui est dit, et montrent à l'autre qu'on est dans une démarche d'écoute.

Prendre le temps de trier. Toutes les critiques ne méritent pas la même attention. Certaines sont précieuses, d'autres moins. On peut les accueillir et choisir ensuite ce qu'on en fait.

En résumé

Recevoir un compliment et recevoir une critique constructive demandent tous les deux la même chose : une certaine solidité intérieure, et la capacité à laisser le regard des autres enrichir l'image qu'on a de soi.

C'est un apprentissage. Qui se fait doucement, avec de la pratique et de la bienveillance envers soi-même.

Et la prochaine fois que quelqu'un te dit quelque chose de bien sur toi, essaie juste de dire merci. Et d'y croire un peu.

***

Sources : Étude Université de Waterloo, Journal of Experimental Social Psychology (2017).
Eddie Brummelman, Université d'Amsterdam, recherches sur les compliments et l'estime de soi.
La Presse, "Le malaise des compliments" (avril 2025).
Savoirchanger.org, "Recevoir une critique sans en être démoli" (2025).

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